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La Pharma dans tous ses états

L'anorexie mentale vous veut du mal

Le mot "anorexie" seul désigne un symptôme correspondant à une perte d'appétit. Vu sous cet angle, c'est un symptôme plutôt très courant. Aujourd'hui, ce mot ne désigne plus seulement ce symptôme de "perte d'appétit", mais est quasiment exclusivement (et abusivement) utilisé pour désigner un fléau de nos sociétés industrialisées : l'anorexie mentale. Cette maladie mériterait bien plus qu'un article tellement elle est complexe et insidieuse... mais un article de blog doit rester un article de blog et ne pas se confondre avec un livre ! Le but de cet article sera alors simplement de vous donner un aperçu de ce qu'est l'anorexie mentale, de vous la faire connaître un minimum même si vous n'êtes pas concerné(e).

L'anorexie mentale, c'est quoi ? Il s'agit d'une maladie psychologique, appartenant aux TCA (Troubles du Comportement Alimentaire), qui se traduit par un amaigrissement important, causé par une lutte volontaire contre la faim (alors que dans le symptôme d'anorexie, il y a perte d'appétit involontaire), très souvent accompagné d'hyperactivité physique et intellectuelle.

En réalité, quand on parle d'anorexie mentale, on distingue grossomodo 2 types :

  • l'anorexie restrictive : il y a restriction de l'alimentation, soit en quantité, soit en qualité (valeurs caloriques notamment), voire les 2 dans certains cas. Le/la malade n'a pas recours aux vomissements et/ou laxatifs.
  • l'anorexie-boulimie : dans ce cas, il y a alternance d'épisodes d'anorexie restrictive intenses et d'épisodes de boulimie, c'est-à-dire épisodes où le/la malade mange des quantités déraisonnables d'aliments et/ou fait des associations complètement improbables, pour ensuite se faire vomir. Bien souvent, ces malades ont recours aux laxatifs.

Cette distinction n'est toutefois pas très juste : où classer un(e) malade qui ne mange déjà rien, et qui se fait vomir les 3 grains de riz ingurgités au dîner... ?

L'anorexie mentale en chiffres... : difficile de trouver des chiffres précis, mais en France en 2008, on avait 1.5% d'anorexiques parmi les 15-35 ans, et 95% de ces malades étaient des jeunes femmes, majoritairement de moins de 25 ans. Je parlerai donc plutôt du cas féminin au cours de la suite de cet article. La maladie touche les hommes dans des proportions plus faibles, mais il semblerait que les cas masculins soient plus graves (pensée à toi, Lucas...). Notez qu'il y a une mortalité de 6% à 10% chez les anorexiques, et qu'elle est parmi les plus mortelles des maladies psychologiques.

Ces chiffres proviennent d'associations françaises, et diffèrent complètement d'une région du monde à une autre. L'anorexie mentale est typiquement une maladie des pays industrialisés. D'une part, les critères de beauté diffèrent d'une région du monde à une autre : alors qu'en Europe, on prône la minceur, les formes sont à l'honneur en Amérique latine. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'anorexie mentale là-bas, mais simplement que c'est beaucoup moins présent. D'autre part, dans les pays encore "peu" industrialisés par rapport à l'Europe, il est assez mal vu et mal venu de se battre contre la faim quand le plus grand des combats du peuple est de se nourrir ; la minceur est loin des préoccupations de certaines populations !...

Comment reconnaître cette maladie ? L'incontournable des symptômes de l'anorexie mentale est la perte de poids assez importante. On retrouve également l'absence de règles (aménorrhée), la peur de devenir grosse, et la dysmorphophobie (une vision complètement déformée de soi-même, avec un déni total de sa maigreur, et même une tendance à se voir obèse dans le miroir! C'est ce que j'appelle le "miroir déformant"...). Au bout de quelques temps, à force de malmener son corps en ne lui donnant plus à manger correctement, là apparait l'anorexie tout court (en tant que symptôme), l'absence d'appétit. On parle alors des 3A de l'anorexie mentale : Amaigrissement (avec dysmorphophobie), Aménorrhée, Anorexie.

Au fur et à mesure que la maladie s'installe, l'état général de la malade se détériore : la peau, les ongles, les cheveux se fragilisent, reflet de profondes carences. Elle dort peu, elle a froid, et elle est bien souvent rongée par l'anxiété.

On remarque aussi que la malade est généralement hyper-active, physiquement et intellectuellement. Son monde finit par ne tourner qu'autour de la maîtrise de son environnement :

- maîtrise du contenu de son assiette : bien souvent, l'anorexique a tendance à s'imposer comme la maîtresse de maison et à prendre les rênes de la cuisine pour toute la famille ;

- maîtrise de son poids au travers de la maîtrise de connaissances diététiques (ya pas plus calé que les anorexiques sur les calories !) ;

- maîtrise de sa réussite scolaire et professionnelle ;

- maîtrise de son entourage : l'anorexique a une tendance à être manipulatrice, afin de leurrer l'entourage sur son poids, sur ce qu'elle mange réellement, sur la prise de laxatifs en cachette, les vomissements cachés, etc...

Mais à force de tout vouloir maîtriser dans le seul et unique but d'être aimée et reconnue, c'est la maladie qui finit par prendre le contrôle de sa vie et de son mental. Ce n'est pas rare qu'à ce moment, des TOCs (Troubles Obsessionnels Compulsifs) viennent se greffer sur l'anorexie mentale, rendant le cas encore plus complexe. La malade perd tout intérêt pour la sexualité, les activités sociales, et s'isole complètement. Elle n'est plus qu'un corps d'une gamine de 12 ans, au regard vide, morbidement dirigé par l'anorexie et les TOCs, que rien d'autre n'intéresse que les calories et la maigreur.

Elle n'a confiance en personne, et qu'elle soit entourée de 2 ou 20 proches qui ne lui veulent que du bien, elle s'autopersuade d'être totalement seule.

2 des plus grandes préoccupations de l'anorexique...
2 des plus grandes préoccupations de l'anorexique...

2 des plus grandes préoccupations de l'anorexique...

Qu'est ce que risque une anorexique ? Stérilité, ostéoporose précoce, ménopause précoce, problèmes cardiaques, problèmes hormonaux, voire la mort, sont autant de risques encourus par la malade (liste non exhaustive). Ces risques dépendent essentiellement du niveau de carence atteint par la malade au cours de sa maladie et du type d'anorexie dont elle souffrait.

Comment ça vient ? A ce niveau-là, chaque cas est différent, et les causes sont vraiment variées : traumatismes psychologiques (divorce, décès d'un proche,...), place mal définie dans la famille/la fratrie, arrivée d'un frère/soeur mal vécue, railleries à l'école, complexes pas pris au sérieux, importance du physique trop présente dans l'entourage... Il faut arrêter d'incriminer systématiquement la mère, ça n'a parfois rien à voir. Quoiqu'il en soit, et aussi insensibles les malades peuvent-ils paraître, ce sont des gens qui ont peur, qui sont profondément angoissés et mal dans leur corps et leur tête. Ils sont rongés par la peur de grandir, de devenir adultes, de confronter certaines situations, et de ce fait, ils ont un énorme besoin d'être rassurés, ce qui est usant pour l'entourage car il a un peu l'impression de brasser de l'air.

Comment guérir ? En fait, on passe souvent trop de temps à chercher les causes de la maladie, qu'on ne trouve parfois jamais. Ce qu'il faut, c'est surtout savoir comment s'en sortir ! Et là encore, les réponses sont multiples, parce que ce qui va convenir à une malade ne conviendra pas à une autre. Je pense notamment à l'hospitalisation, qui n'est franchement pas recommandable pour tous les cas. Mais surtout, il n'existe aucun remède miracle. Inutile de faire visionner à des anorexiques des vidéos sur les risques qu'elle encourt ; l'anorexique, elle s'en tape de pas pouvoir avoir d'enfants plus tard ou d'avoir des os poreux, elle veut juste être maigre et basta !

La cause étant majoritairement psychologique, voir un psychiatre peut vraiment aider à faire avancer, mais le psy ne va pas guérir la maladie . Pour guérir, il faut que la malade le veuille, et ça, ça ne tient qu'à elle. On parle souvent de "déclic" de guérison. C'est tout à fait ça. Il est totalement imprévisible et rien ni personne ne peut le provoquer à la place de la malade ; ce déclic ne peut arriver que si la malade a conscience de la gravité de son état (même si elle ne se voit pas maigre dans le miroir...). Une fois ce déclic arrivé, ça ne veut pas dire que ça va se faire du jour au lendemain, mais c'est là qu'il va falloir s'armer de courage et de patience, et surtout, c'est là que l'entourage peut vraiment aider (en fait, tant que l'anorexique mentale est au fond du trou, vous ne pouvez pas grand chose pour elle). Le plus dur reste alors à venir pour l'anorexique, car il va falloir qu'elle accepte de voir son corps changer, passer de cette allure de petite fille desséchée à celle de femme.

Keira Knightley en 2006. Celui qui ne la trouve pas maigre a un sérieux souci !

Keira Knightley en 2006. Celui qui ne la trouve pas maigre a un sérieux souci !

(Photo par Caroline Bonarde Ucci, sous licence CC-BY 3.0)

Mes conseils :

Pour l'entourage :

  • En tant que proche d'une anorexique, vous avez un rôle : là encore, votre rôle dépend des cas, mais de façon générale, je dirais qu'il faut traiter l'anorexique de façon normale et pas comme une malade.
  • Si vous êtes quelqu'un de très proche, parlez-lui des choses qui la passionnaient avant que ce fléau ne vienne tout anéantir... Oui, vous aurez l'impression de parler à un mur. Mais au fond de cet être vide existe toujours la personnalité qui animait ce corps avant la maladie, avec ce qui la caractérisait, dont ses passions.
  • Gardez à l'esprit que l'anorexique est très manipulatrice et sait y faire avec le chantage affectif. Si c'est votre fille et qu'elle vit sous votre toit, c'est sympa de sa part qu'elle veuille vous filer un coup de main à la cuisine, et c'est même normal. Mais veillez à ce qu'elle ne prenne pas insidieusement votre place aux rênes de la cuisine, même si elle vous fait du chantage pour y parvenir. Propos qui vous parait peut-être inutile, et pourtant, combien de mères sont tombées dans le panneau, ne voulant pas brusquer la psychologie de leur fille... De façon générale, ne la laissez pas prendre une place qu'elle n'a pas à avoir au sein de la famille et de la fratrie, sous peine de voir apparaître des conflits destructeurs dans votre couple ou parmi vos enfants, parfois difficilement réversibles. Et surtout, n'orientez pas l'intégralité de votre attention vers l'enfant malade ; vos autres enfants aussi ont besoin de votre attention.
  • Tâchez de faire fi du regard des gens autour. Je dis ça surtout pour les parents d'anorexiques qui reçoivent régulièrement des regards accusateurs de la part d'autres personnes, comme si ces dernières leur reprochaient de ne pas s'occuper du cas de leur enfant. Ces gens-là ne connaissent visiblement pas la maladie... De même, ne vous laissez pas influencer par des personnes qui ne connaissent rien à la maladie. NON, l'hôpital n'est pas la solution pour tous, et NON, ce qui convient à la voisine d'untel ne conviendra peut-être pas à votre enfant...

Aux malades :

Lorsque le déclic (et donc la décision de guérir) a enfin eu lieu, le plus dur reste à venir : reprendre du poids et surtout, l'accepter (la malade n'est pas à l'abri de rechutes à cette période). La crainte de devenir grosse est toujours là malgré l'envie de guérir. Afin de ne pas s'affoler sur la balance ou devant le miroir, je recommande aux malades désireuses de s'en sortir de cacher au maximum les miroirs chez elle, et d'éviter de se peser. Avec l'aide de l'entourage, je trouve que c'est une solution qui aide beaucoup. Quelques rares médecins, compréhensifs, acceptent aussi de jouer le jeu. Souvent motivée pour s'en sortir, la malade se resociabilise peu à peu, et redécouvre le monde et les gens : le regard des hommes sur elle, autrefois de dégoût ou de "peur", change petit à petit, et peut être une excellente aide dans la prise de poids.

Seul bémol : même une fois guérie, il peut être difficile d'accepter de voir son image ou de connaitre son poids ; le fameux miroir déformant est, selon moi, ce qui subsiste le plus longtemps après la guérison. Mais croyez-moi, on vit parfaitement bien sans passer sa journée devant un miroir et sans connaître son poids !

Je répète que ce n'est qu'un article "court" sur l'anorexie, inspiré de cas réels. Les symptômes, les causes, les risques... sont tous tellement nombreux et variés d'une personne à une autre qu'il n'est pas possible de tout caser dans cet article. De même, je me suis exprimée comme si la maladie ne touchait que les jeunes filles, mais ne perdez pas de vue que ça touche les garçons et les adultes aussi.

Et enfin, dernier petit mot d'espoir pour tous les malades : ON S'EN SORT de cette saloperie ; la vie après (et sans!) la maladie vaut la peine d'être vécue ! Et à tous les proches : cet être cher, qui a peu à peu disparu derrière cette nouvelle personnalité malade, existe toujours. Soyez patient et gardez espoir, pour vous et pour lui.

Je dédie cet article à tous ceux qui ont été là - ils se reconnaîtront - et qui ont tout fait et sacrifié pour que je m'en sorte. Un merci particulier au Dr B., un médecin exceptionnel comme on n'en trouve pas assez, et à qui je dois quelques dizaines de boîtes de mouchoirs en papier ! 

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isa 28/03/2014 16:26

Merci pour votre article. Ex anorexique, c'était il y a presque 30 ans, anorexie jamais pris en compte par les psy, "juste dangereuse pour moi-même"11mois de psychiatrie qui ne m'a pas vraiment aidée mais c'etait il y a presque 30 ans. Je me suis battue seule pendant des années et mon mari est entré dans ma vie, mon seul soutien, pas de jugement, juste là

Jenzinha 29/03/2014 13:22

Ravie que mon article vous ait plu :-)
Cette maladie laisse des marques indélébiles, à commencer par de bien mauvais souvenirs. Je ne souhaite à personne de vivre le calvaire que nous avons connu, ni à leurs proches... Bravo pour votre combat en tout cas, soyez fière de vous.