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La Pharma dans tous ses états

La dysmorphophobie : quand les complexes deviennent maladifs

Comme souvent, quand on a affaire à un nom aussi tordu, c'est que ça cache quelque chose de bien tordu aussi ! La dysmorphophobie n'échappe pas à la règle !

Dans un monde où l'apparence a pris bien trop d'importance, et je dirais encore davantage depuis le boom des réseaux sociaux où il fait bon se montrer sous toutes ses coutures, certaines pathologies prennent de plus en plus de place. C'est le cas de la dysmorphophobie, problème pas nouveau, mais dont on parle trop peu alors qu'il concerne bien du monde. Aujourd'hui, je vous dis tout, ou presque, sur cette pathologie.

La dysmorphophobie, kesako ?

Il s'agit d'un trouble de l'image dans lequel les personnes atteintes sont persuadées d'avoir un ou plusieurs défaut(s) physique(s) qui sont en réalité minimes ou inexistants. Les gens concernés sont convaincus d'être moches, difformes, et focalisent littéralement sur le défaut qu'ils pensent avoir en lui faisant prendre des proportions complètement extravagantes.

On notera que la dysmorphophobie est souvent retrouvée chez les anorexiques mentales qui n'ont plus une vision normale de leur corps. Pour plus d'infos sur l'anorexie, rendez-vous sur ce précédent article

Quels sont les symptômes ?

Ils sont plutôt variés d'un patient à l'autre, mais en général, ce n'est pas vraiment écrit sur le front d'une personne lorsque celle-ci souffre de dysmorphophobie. C'est finalement en l'observant dans son comportement, et en l'écoutant, que l'on peut avoir connaissance de son problème.

Voici donc une liste non exhaustive de comportements qu'on peut retrouver chez une personne dysmorphophobe :

- peur panique de se croiser dans le miroir, dans une vitrine, de se voir en vidéo, en photo... ou au contraire, besoin irrépressible de s'autoévaluer en passant un temps considérable devant le miroir ;

- obsession de la comparaison de son corps avec celui des autres ;

- volonté de se camoufler, sous des vêtements, des artifices divers et variés, du maquillage... ;

- très enclin à avoir recours à la chirurgie esthétique...

Hommes et femmes peuvent être concernés, mais, sans surprise, la femme semble davantage touchée par ce trouble. De plus, alors que les femmes peuvent focaliser sur n'importe quelle partie de leur corps, d'un détail à une partie plus globale, la dysmorphophobie chez l'homme serait axée uniquement sur le sexe et la musculature.

Les premiers symptômes apparaissent en général à l'adolescence, période de rapides changements corporels rarement bien vécus. On parle alors de "simples" complexes (même si par définition un complexe n'est jamais simple). Fréquent - et en général transitoire - chez l'adolescent du fait des changements rapides du corps, ce complexe en question peut prendre des proportions exagérées, obsessionnelles ; c'est à partir de ce stade que l'on parle véritablement de dysmorphophobie. Dans les cas les plus graves, une hospitalisation en milieu psychiatrique est mise en place.

Le miroir, ce meilleur ennemi et ce pire ami du dysmorphophobe

Le miroir, ce meilleur ennemi et ce pire ami du dysmorphophobe

Causes

Le corps, cette chose porteuse d'une histoire

Les moqueries à l'école, les appréciations de la part des parents, de la famille et proches en général marquent à vie la perception que nous avons de notre corps. Autrement dit, l'image que nous avons de notre corps est le reflet de la façon dont il a été aimé, ou au contraire mal aimé...

On ne pourra malheureusement jamais empêcher les railleries des gamins entre eux ; en revanche, la façon dont la "victime" vit ces moqueries diffère totalement d'un enfant à un autre en fonction de l'importance qu'il accorde à l'apparence physique, et ça, c'est directement lié à l'éducation qu'il a reçue et l'environnement dans lequel il grandit. 

La part belle à l'éducation

L'attitude des parents joue un rôle important dans le développement de cette pathologie. Malgré nous, nous recherchons toujours la reconnaissance de nos parents, par rapport à qui nous sommes et ce que nous faisons. Si on perçoit dès notre plus jeune enfance que l'apparence physique est un critère d'évaluation important pour nos parents, alors on sera forcément plus sensibles à l'image en général, et on cherchera à avoir l'apparence physique la plus irréprochable possible pour avoir la fierté de nos parents (inconsciemment). On arrive donc dans ces cas-là à un stade assez poussé de perfectionnisme.

De plus, il faut dire ce qui est, les parents ont davantage tendance à souligner ce qui ne va pas chez leurs enfants plutôt que ce qui va. Sans vouloir rentrer dans un débat qui est tout autre, on va dire que ça fait partie de l'éducation même, sauf que parfois, ça tourne à l'exagération, et cette tendance peut alors avoir des conséquences irréversibles, tels que des complexes, allant jusqu'à ces cas de dysmorphophobie. 

Conséquences

Que ce soit dans la vie privée ou la vie professionnelle du patient, la dysmorphophobie peut être lourde de conséquences, poussant parfois le patient à une tendance au repli sur soi. 

Concernant la vie de couple, celle-ci peut s'avérer difficile compte tenu de la gêne que ressent le patient à l'égard de son propre corps, mais en général, lorsque celle-ci est possible, elle aide plutôt le patient à se sentir mieux, ou au moins à le maintenir 

Souvent étroitement liée à une très faible estime de soi généralisée, elle peut empêcher d'évoluer dans sa carrière, poussant la personne à constamment rester en retrait dans des situations où il serait bon qu'elle se mette en avant ou qu'elle montre un aplomb certain.

Non traitée et/ou aggravée par divers facteurs (une rupture, un choc psychologique quelconque...), la dysmorphophobie peut mener à des stades d'atteinte psychique extrêmement graves, tels que des délires paranoïaques. 

Traitements

Une psychothérapie ou psychanalyse est réellement nécessaire dans les cas avérés de dysmorphophobie. En plus de réapprendre au patient à s'aimer tel qu'il est, cela lui permettra peut-être de comprendre d'où vient ce mal-être. En connaissant la cause d'un mal, il est plus probable de l'éloigner définitivement. À noter également que la thérapie cognitive et comportementale* est particulièrement bien adaptée à la dysmorphophobie. 

Un traitement médicamenteux est souvent administré afin de mieux gérer les bouffées d'angoisse. 

Les personnes atteintes de dysmorphophobie ont tendance à s'isoler.

Les personnes atteintes de dysmorphophobie ont tendance à s'isoler.

*Lexique :

- thérapie cognitive et comportementale : forme de psychothérapie où le patient est traité au travers d'exercices pratiques dans lesquels il est censé affronter la cause même de ses troubles.

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